Marie-Rose Clergeau

Le rose vous va si bien

PAR NADÈGE MOHA

Installée à Jouques depuis 2010, Marie-Rose Clergeau a trouvé en Provence bien plus qu’un lieu de vie : une terre d’élection, une source d’inspiration infinie.

A proximité de la Durance, elle s’échappe dans sa colline, son chevalet à la main, ses pinceaux et sa toile comme compagnons fidèles. Il y a dans sa présence une grâce simple, presque instinctive, comme une Manon des Sources  contemporaine, habitée par la terre qu’elle traverse et qu’elle peint. Mais Marie-Rose Clergeau, loin des clichés, peint la Provence. Elle en révèle les tensions, les vibrations, les failles sensibles. À la manière de Vincent van Gogh, un simple tournesol desséché par le mistral devient majestueux, tourmenté, il occupe tout la scène. Dans ses premières toiles, paysages et silhouettes cohabitaient. Puis celles-ci se sont effacées. Aujourd’hui, elles réapparaissent — de dos, silencieuses et mystérieuses. Juste assez pour suggérer une présence et laisser le spectateur projeter sa propre histoire. Sa peinture possède une singularité : elle recouvre très vivement d’abord la toile d’un rose incandescent, presque sanguinolent, avant de laisser d’autres couleurs envahir l’espace, ne révélant que par fragments cette couleur originelle. Tout vibre, tout respire. Le mistral semble traverser la toile, les arbres ondulent, la mer tremble — la peinture devient mouvement, métamorphose tangible. Autodidacte, elle confie : « J’ai appris toute seule ce qui aujourd’hui, plus que jamais, me paraît essentiel : la lumière a besoin de l’ombre pour exister.

Et dans la vie, c’est la même chose… C’est une loi de la nature : avoir besoin de mauvaises expériences et d’ombres pour faire éclater la lumière. » Parmi ses rencontres artistiques importantes, Sébastien Arcouet, Thierry Lefort et Alice Williams ont nourri son regard et son énergie créative, donnant à son univers des résonances nouvelles. Entre la douceur lumineuse de la Provence et les paysages plus tourmentés de Corse et de Bretagne, son oeuvre explore les contrastes, les tensions et la transformation permanente entre lumière et ombre. Cardiologue de métier, elle conjugue rigueur et sensibilité. Dans le tumulte du quotidien, la peinture devient son refuge, un espace où tout peut se métamorphoser. Cet été, vous pourrez la retrouver au Château de la Cheylanne, où elle donnera la réplique picturale à Sébastien Arcouet. Ensemble, ils créeront également une oeuvre en diptyque, un dialogue entre le rose et le bleu, une correspondance sensible entre deux univers qui se répondent sans jamais se calquer.

Entretien avec

Marie-Rose Clergeau

Marie-Rose , comment es-tu venue à la peinture ?
J’ai commencé à peindre vers l’age de 35 ans, à un tournant de ma vie personnelle et professionnelle. J’ai eu plus de temps et plus de disponibilité, et j’ai ressenti le besoin de m’exprimer autrement.

Marie-Rose tu viens d’être sélectionnée cette année pour exposer une de tes oeuvres au grand Palais peux- tu nous parler de cette oeuvre ?
Le «Sentier Tourbillonnant, Bercelonnette» est un tableau inspiré d’un simple chemin de randonnée. J’aime particulièrement ces sentiers, parce qu’ils sont une métaphore de nos vies, et parce que j’aime me sentir enveloppée par les arbres et leurs feuillage. Je m’amuse ensuite à donner des formes, associer des couleurs, pour rendre l’ensemble le plus vivant possible.

Marie-Rose, quels sont tes peintres de référence ?
J’aime la façon dont Cézanne a peint la Provence, j’aime sa palette, le mouvement qu’il sait imprimer dans les pins, ses associations d’ocre et de bleu. J’apprécie aussi des peintres fauves comme Manguin, Derain. Je suis attirée avant toute chose pour l’harmonie des couleurs. De même que nous sommes attirés en premier lieu par la mélodie d’une chanson, avant de s’intéresser à son texte, j’ai le sentiment que ce sont en premier les formes et les couleurs qui nous attirent, avant de chercher à comprendre le sens ou le sujet.

Pourquoi ce rose incandescent sur tes fonds de toile ?
J’utilise souvent des fonds de couleur chaude (rose, rouge, orange, jaune) car je trouve qu ils apportent de la joie et de la vie et tableau.

Si ta peinture était une poésie laquelle serait-elle ?
J’essaie dans ma peinture de traduire mon attachement à la nature, aux jolies choses, à la poésie des petits riens. Je suis très sensible à la poésie de Christian Bobin.

Quelle est ta devise quotidienne ?
Merci pour cette vie, pour cette nature, ces rencontres, cette lumière. Merci de me permettre de vivre tout cela.