Loïc Potignon
Lumières et couleurs de la Méditerranée
PAR NADÈGE MOHA
Né à Aix-en-Provence, installé aujourd’hui à Marseille, mais profondément attaché à La Ciotat, Loïc Potignon est de ces artistes que l’on ne choisit pas — ce sont eux qui s’imposent, avec évidence. Un coup de coeur. L’un de ceux qui marquent comme un tatouage.
Formé à l’École internationale de design de Toulon, ancien architecte d’intérieur, il quitte la rigueur des lignes pour embrasser la liberté du geste. Ce basculement n’a rien d’une transition douce : il est instinctif, vibrant, presque irrépressible. Chez lui, la peinture surgit avec une énergie brute, une force vive, un jaillissement créatif qui ne se contient pas. Son oeuvre est une ode lumineuse à la Provence. Une Provence réinventée, traversée d’un modernisme joyeux et d’une fraîcheur saisissante. Les bleus électriques éclatent au coeur de jaunes solaires, les couleurs vibrent, dialoguent, s’entrechoquent parfois — toujours avec justesse. Loïc Potignon ne peint pas seulement des paysages, il capte des instants de vie. Des scènes simplesessentielles : une table de bistrot, un verre de vin ou de pastis, des tournesols, des moments partagés entre amis. Il saisit cette évidence que l’on oublie trop souvent : la beauté se niche dans l’ordinaire. Comme il le confie, ce sont dans les moments les, plus simples que la vie est la plus belle.
Son univers est profondément épicurien. Il respire l’amour de la vie, des autres, des instants suspendus. Chaque oeuvre devient une célébration du quotidien, une poésie visuelle où la légèreté rencontre la sincérité. Le bois est son support de prédilection. Il le découpe, le sculpte, le peint, brouillant les frontières entre peinture et sculpture. À cette approche s’ajoute une matière singulière : un mélange de pigments, d’huile de lin, de cire d’abeille et de sable, qui donne à ses oeuvres une texture vivante, presque minérale, enracinée dans le territoire qu’il célèbre. Artiste en mouvement, Loïc Potignon multiplie les collaborations, notamment avec Claudie Pierlot, et investit aussi les murs à travers des fresques qui prolongent son univers dans l’espace. Ses expositions récentes, entre La Ciotat, Marseille, Sorgues et Perpignan, témoignent d’un ancrage fort et d’un regard en pleine ascension. Amoureux de la Méditerranée, il puise aussi son inspiration dans ses échappées en mer, notamment lorsqu’il part surfer, au rythme du vent et de la lumière. Cette année, j’aurai l’immense joie de l’exposer au Château de la Cheylanne, à la Londe les Maures, un lieu d’une beauté authentique, rare, à découvrir absolument. Une rencontre évidente entre un artiste solaire et un écrin chargé d’âme.
Le corps devient alors oeuvre d’art.
Sculpture vivante, fluidité dans un écrin aquatique. Le cercle, la lune , le ventre arrondi des femmes apparaissent régulièrement dans ses images, comme des formes organiques liées à la féminité et à l’origine du monde. L’eau n’est pas son seul territoire. La terre aussi. Des calanques marseillaises aux riads de Marrakech, des immeubles Art déco de Casablanca aux habitats berbères, son regard explore également les paysages minéraux et les architectures méditerranéennes baignées de lumière crue, presque brûlées. Son univers est suspendu entre eau et roche, entre bleu, blanc et ocre Un arrêt sur image entre deux eaux, entre deux terres, Son art est une ode à la mer, à la terre, à la Méditerranée où le corps, l’eau et la lumière ne font qu’un, entre apesanteur et ancrage.
Entretien avec
Loïc Potignon
Quelle est ta technique, quelles sont les matières ?
Je travaille principalement la craie sur bois ou sur toile. J’aime les matières vivantes, celles qui gardent une trace du geste et du temps. Il y a quelque chose de très brut, presque minéral, dans cette façon de peindre. Je cherche une texture qui respire, entre fragilité et lumière méditerranéenne.
Et les couleurs ? L’acrylique et les pigments ?
Oui, j’utilise des pigments naturels — parfois synthétiques — que je mélange à la craie. J’aime cette idée d’une couleur qui ne soit pas seulement une teinte, mais presque une poussière de paysage. La matière devient alors aussi importante que le sujet et elle me permet de fixer cette énergie tout en gardant quelque chose de spontané et instinctif.
Pourquoi le bleu est-il omniprésent dans ton travail ?
Le bleu, c’est une obsession heureuse. J’ai toujours été fasciné par Yves Klein et par cette couleur universelle qui relie le ciel et la mer. Le bleu calme, engloutit, élève… Il peut être mélancolique ou solaire selon la lumière. Chez moi, il revient naturellement, comme une respiration. Et puis en Méditerranée, impossible d’échapper au bleu : il est partout, même dans le silence.
Quels artistes influencent ton travail ?
Monet pour sa lumière et sa liberté. Les artistes méditerranéens aussi, pour leur rapport instinctif à la couleur et au vivant. J’aime les oeuvres qui sentent le vent, le sel, le soleil. Plus largement, je suis inspiré par les artistes qui peignent avec sincérité plutôt qu’avec stratégie. La peinture doit rester une émotion avant d’être un discours.
De nouvelles collaborations à venir ?
Oui, de très belles choses arrivent… mais je suis tenu par quelques accords de confidentialité. Disons simplement que l’année à venir sera riche en rencontres et en surprises. J’aime les collaborations qui mélangent les univers : l’art, la mode, le design, la musique… Quand les sensibilités se croisent, il se passe toujours quelque chose d’élégant et d’inattendu.
Est-ce difficile de vivre en tant qu’artiste ?
Bien sûr. Comme tous les métiers indépendants, cela demande de la persévérance, du doute, parfois même un peu de folie. Mais quand la passion est là, elle devient plus forte que les obstacles. Être artiste, ce n’est pas seulement un métier, c’est une manière de regarder le monde. Et tant qu’on garde cette flamme, on continue d’avancer.
Un grand rêve artistique qui te tient à coeur ?
Continuer à être un artiste heureux, profondément amoureux de sa vie et de sa région. Garder cette liberté de créer sans perdre son âme. Et puis, évidemment… exposer un jour à New York dans une grande galerie. Ce serait magnifique. Mais le vrai luxe reste de pouvoir peindre chaque jour avec sincérité et enthousiasme.