Patrice de Colmont
un homme engagé
PAR ISABELLE DERT BONO
Remise des prix de la première Club 55 cup 1981
Gauche à Droite : Jean Laurin Capitaine de Ikra La Flo, Dick Jayson propriétaire et Capitaine de Pride et Patrice de Colmont
De la Nioulargue à Paul Watson, la mer fait partie de l’ADN du Club55. La Club 55 Cup en 1981, c’est là que tout a commencé, bien avant les Voiles de St Tropez. Tout part du Club55 et y revient chaque année. Et qui mieux que Patrice de Colmont, propriétaire de cette plage mythique de Pampelonne et initiateur de ce défi, pour en parler.
Au départ c’était juste un défi entre deux marins ?
Un défi qui s’est reproduit et que l’on a baptisé en 1983 la Nioulargue du nom d’un haut fond au large du Club55. Elle a pris son envol et grandit, tout en gardant une journée dédiée à la Club55 Cup. Au-delà d’une régate, ce rdv annuel de la voile et de la mer terminait la saison estivale. On partageait une façon de voir les choses et de s’amuser. Ce n’était pas un rdv de compétiteurs. Vouloir gagner c’est bien, mais pas à n’importe quel prix. La beauté du geste, d’être ensemble, de profiter de la presqu’île sublimée à l’automne où St Tropez redevient un vrai port dédié à ceux qui aiment la mer.
Le basculement vers Les Voiles s’est produit après une tragédie, mais la Club55 Cup reste la journée des défis ?
Elle rappelle l’état d’esprit d’origine, quand tout a commencé avec seulement deux voiliers : Ikra et Pride. Les défis sont à un contre un. Comme son nom ne l’indique pas, il n’y a pas de récompense, il y a un vainqueur mais pas de perdant et tout le monde se retrouve autour d’une belle tablée.
L’an dernier vous l’avez dédiée à la lutte pour la libération du Captain Paul Watson, grand protecteur des océans et des baleines ?
C’est un héros, le Robin des Bois des océans. Il y a 40 ans, c’est lui qui a emmené Brigitte Bardot sur la banquise assister au massacre des bébés phoques. C’est mon ami. Il a habité chez moi plus de 2 ans pendant son exil.
Vouloir empêcher l’homme de tuer des animaux devient un crime ?
C’est très dangereux. Heureusement qu’il y a des gens comme Paul, et il y en a peu, qui se battent. Ils prennent des risques physiques, d’être emprisonnés définitivement. Si Paul était parti au Japon il serait mort en prison. Que deviendra l’homme quand il aura tué toutes les baleines et détruit la vie des océans, on en est là. Les gens comme Paul font ce que ne sont pas capables de faire les états qui ne font pas appliquer les règles internationales, notamment auprès du Japon qui tue les baleines.
De gauche à droite.
Patrice de Colmont Club 55
Alain Spada Maire de Saint Tropez , Eric Tabarly et Bill Whitehouse
Vous étiez l’ami de Pierre Rabhi, votre engagement va-t-il vers la défense de la nature ?
Pierre disait : « L’homme s’est autoproclamé cerise sur le gâteau, ce n’est pas un vote des autres espèces animales ». Le plus pervers c’est que ceux qui disent défendre l’environnement défendent celui de l’homme, pas la nature, considérant l’homme au centre du monde, ce qui n’est pas le cas. On n’est qu’un maillon et peut-être pas le plus indispensable. L’humain est le seul à s’autodétruire et on emprisonne Paul Watson et ceux qui empêchent cette autodestruction. Les ressources de la planète sont limitées. L’avidité humaine sur les autres êtres vivants est destructrice.
Dédier une régate à sa libération a-t-il un impact ?
Pendant les Voiles on a la chance de réunir le panel complet d’une population tournée vers la mer qui se sent, donc, plus concernée que les autres par ce qui se passe dans et sous les océans. Ils savent qui est Paul Watson, ce qui n’est pas le cas de la majorité des gens. Quand j’ai affiché « Save Paul Watson » au restaurant, très peu de gens le connaissait. En lui dédiant cette régate j’ai voulu rappeler que chacun peut agir à son niveau, comme le petit colibri de Pierre Rabhi, chacun fait sa part avec les moyens qu’il a. Ce qui est arrivé à Paul Watson n’est pas son problème mais le nôtre. C’est un problème de société. Que devient une société qui met en prison les gens qui protègent la nature ? La régate fût magnifique et Paul Watson a été libéré. Il réside aujourd’hui en France. La pression de millions de gens a poussé le Danemark à réfléchir et trouver une porte de sortie. Quant à la Club55 Cup, rdv en octobre !
Que signifie la Liberté pour vous ?
Ma définition de la liberté rejoint la pensée de Nelson Mandela : « Être libre, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres ».