Brigitte Schweitzer

Le Sémaphore intérieur

PAR NADÈGE MOHA

Brigitte Schweitzer, formée au Chelsea College of Art and Design à Londres, après un parcours à Sciences Po et à Paris-Dauphine, développe une peinture à la croisée de l’abstraction lyrique et du geste. Entre Londres et la Méditerranée, elle construit une oeuvre profondément habitée par la lumière et les éléments.

Je découvre le sémaphore du Cap Bénat un jour d’été. Presque par hasard. Ou peut-être pas. Dans le même mouvement, je rencontre Brigitte Schweitzer. Comme si les deux devaient se répondre. Elle m’ouvre les portes de son atelier, face à la mer. Les toiles sont là, suspendues, habitées. Une sensation immédiate d’évidence. De calme. De profondeur. Mais en les regardant, quelque chose se révèle. Dans certaines oeuvres, la matière s’embrase. Des rouges incandescents surgissent. Des bleus profonds les retiennent. Des lignes apparaissent, comme des branches, des structures vivantes. Une nature intérieure.

Une tension. Et puis, dans d’autres, tout se transforme. La matière devient plus dense, plus minérale. Les formes se dissipent. Une lumière tente de percer. Comme une élévation. Et parfois, la peinture bascule. La lumière ne cherche plus à apparaître — elle est là. Diffuse. Vibrante. Presque irréelle. Comme une présence. Un passage. Nous montons ensuite jusqu’au sémaphore. Ce point culminant, ouvert à 180° sur la Méditerranée, dégage une puissance rare. Il s’élève au-delà des lignes tranquilles des villas posées sur la colline. Il ne cherche pas à dominer. Il est. Présence verticale. Silencieuse. Inébranlable. Le sémaphore se tient au-delà des hommes. Il est là pour avertir. Pour protéger. Pour voir avant. 

Entièrement restauré grâce à la générosité des résidents du Cap Bénat, il apparaît aujourd’hui comme un véritable bijou. Et pourtant, il ne leur appartient pas. Il demeure la propriété du Conservatoire du littoral. Face à cette mer qui s’ouvre à l’infini, quelque chose s’impose. Ce lieu devient un symbole. Celui d’un passage. D’un moment traversé, transformé. Une expérience qui m’a amenée à prendre de la hauteur, à retrouver une forme de clarté. Une renaissance. Et dans cette évidence, le travail de Brigitte Schweitzer s’inscrit pleinement. Sa peinture ne décrit pas. Elle capte. Elle traverse. Elle élève. Ses œuvres nous déplacent. Nous ouvrent. Nous emmènent vers une forme de rêverie, presque de lévitation. Entre le sémaphore et son travail, un dialogue s’installe. Une même tension. Une même tenue. Celle de ne pas céder. De transformer. Et de rester debout. Cet été, ses oeuvres investiront chaque étage du sémaphore du Cap Bénat, dans ce lieu rare, habituellement fermé, ouvert exceptionnellement pour l’exposition. L’accès se fera uniquement sur réservation.

« Une expérience intime. Confidentielle. »

Entretien avec

Brigitte Schweitzer

Brigitte, Comment as- tu commencé à peindre ?
J’ai commencé à peindre à Londres, en mal des couleurs du Sud, de la force du mistral et des profondeurs des bleus de la Méditerranée. L’abstraction est vite devenue une évidence pour éviter la narration et me concentrer sur l’essentiel : mon rapport à mon environnement, ce qui lie mon corps à mes sensations. L’ écriture s’est structurée et maintenant ma technique est devenue personnelle. Ce langage me suit quel que soit mon sujet et en fait, le sujet se raccroche toujours à un moment de ma vie.

Que cherches tu à révéler à travers ton travail ?
Je cherche à restituer cet équilibre et cette tension qui existe précisément en l’être humain d’une part, l’eau, la méditation, l ´intériorité et d’autre part le feu, l’énergie, l’action. Je restitue les 4 éléments : l’ air le feu, l’eau et la terre à ma manière, pour sentir que je fais partie d’un tout.

Que cherches tu à capter à travers la matière et les couleurs ?
Pour moi, a matière et la couleur sont intimement liées. Les bleus et turquoises sont associés à la transparence, les ocres et les beiges à la pâte plus consistante de l’huile, les jaunes parlent de légèreté et les verts, d’organique.

Parle nous des expositions que tu prépares cette année :
Cette année a été pour moi une révélation. Après avoir tâtonné sur mon message pictural, j’ai enfin compris ce que je recherchais : l’expression de mon existence spirituelle et physique, l’harmonie qui existe entre moi et le monde extérieur. J’ai eu la chance d’exposer dans une galerie rue du Faubourg St Honoré à Paris avec Samantha Teper, d’ être sélectionnée pour un solo show « Face aux éléments » à la mairie de Paris 7 arrondissement, ( vernissage le 21 mai , ) je participe avec la Mairie du 18ème arrdt au festival sur le thème de l’air, du 25 mai au 31 mai 2026. Enfin et surtout je vais exposer avec le soutien si précieux des Cahiers de Provence et de toi Nadège Moha, au Sémaphore du Cap Bénat à Bormes les Mimosas, ce lieu qui m’est si cher, sur les bords de la Méditerranée, là où les lumières et les éléments m’inspirent tant.

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