Cooky Maia Casta

Urban jungle, une cartographie intérieure De l’Atlantique à la Californie

PAR NADÈGE MOHA

Photo : Alain Bali

La peinture de Cooky Maia Casta incarne une ligne de tension rare entre l’ancrage et l’élan. Née à Pau, façonnée par la lumière atlantique, elle vit aujourd’hui à Los Angeles, où son travail s’est ouvert à d’autres rythmes, d’autres intensités. Son oeuvre porte cette traversée — un dialogue sensible entre deux géographies, entre la mémoire et le présent, entre intériorité et expansion.

C’est dans un temps suspendu que Cooky Maia Casta entre en peinture. Immobilisée un temps, contrainte au fauteuil roulant, elle découvre le pastel comme une échappée silencieuse. Là où le corps s’arrête, le regard s’ouvre, et le geste devient essentiel. Il ne s’agit pas encore de créer, mais de ressentir. D’effleurer la matière, de laisser la couleur apparaître comme une respiration. Dans cette lenteur imposée, quelque chose de profondément libre émerge : une relation intime, presque instinctive, à la lumière, aux textures, à l’invisible. De cette origine naît une écriture picturale habitée, où chaque œuvre semble porter la mémoire d’un mouvement retrouvé, une intensité retenue, une vibration intérieure qui ne cherche pas à s’imposer, mais à se révéler. Peut-être est-ce là que s’origine cette écriture fragmentée que l’on retrouve aujourd’hui — ces formes brisées, recomposées, comme les traces d’une mémoire devenue matière. Il faut entrer dans les interstices de sa peinture, là où affleure une mémoire discrète, longtemps tenue dans des tiroirs secrets, aujourd’hui comme diluée pour laisser toute la place à la matière. Chez elle, la couleur devient l’objet essentiel, presque unique. 

CHOICE – Huile sur toile – 91 cm x 127 cm

Dense, vibrante, habitée d’intensités brutes, elle attire, structure, révèle. Les bleus profonds, les verts, les rouges, les ocres composent une partition subtile, une respiration intérieure. Et pourtant, au coeur de ces méandres, de ce qui pourrait être un labyrinthe, se dégage une forme de sérénité — comme si la complexité, apprivoisée, devenait silence. Est-ce la lumière franche de la Californie ou la mémoire plus feutrée de son pays natal qui nourrit cette vibration ? Sans doute un entrelacement des deux, une tension féconde où l’éclat de Los Angeles vient traverser une profondeur plus intime.

A GLIMPSE OF JOY – Huile sur toile – 127 cm x 127 cm

Ainsi pourrait-on définir le titre de cette série : Urban Jungle. Des territoires picturaux denses, où la ville se transforme en matière vivante, où les formes s’enchevêtrent comme une végétation intérieure. La couleur y règne sans partage et compose des paysages à la fois organiques et urbains, labyrinthiques et apaisés. Artiste polymorphe, Cooky Maïa Casta déploie son langage bien au-delà de la peinture. Comédienne, chanteuse, autrice, elle a traversé plusieurs vies, plusieurs scènes, plusieurs formes d’expression. Cette richesse affleure dans son travail pictural : une oeuvre incarnée, traversée d’expériences, où chaque toile semble porter la mémoire d’un corps, d’une voix, d’un souffle. Proche de Georges Lautner, figure majeure du monde cinématographique, elle a longtemps évolué au contact des artistes de la scène parisienne. Elle en parle avec une simplicité désarmante, comme d’un monde familier, presque ordinaire — une manière de rappeler que, derrière les noms et les trajectoires, il y a d’abord des vies, des rencontres, des présences.