Juliet Airs

Arrêt sur image entre deux eaux

PAR NADÈGE MOHA

Juliet Airs, de son vrai nom Juliet Airaudi, est une jeune artiste, photographe, profondément marseillaise et née à Marseille

Elle possède cette liberté presque sauvage et spontanée des héroïnes de films de Robert Guédiguian avec sa manière à elle d’habiter le monde avec simplicité, mais profondément vivante, solaire et populaire la fois. Enfant de la Méditerranée, elle grandit à la fois au contact des calanques, des roches blanches, des pins et dans le tumulte de Marseille, cette ville de cultures mêlées, de chassé-croisé de peuples et de civilisations. Aujourd’hui installée à Ceyreste avec sa famille, dans un cabanon niché au coeur des pins, elle puise dans la nature et la mer l’énergie sensible de son travail. Avant de devenir photographe, Juliet travaillais en tant éducatrice dans le secteur social. Une expérience qui a influencé profondément son regard puisque l’humain occupe une place essentielle dans son oeuvre, et plus particulièrement la femme, dont elle capture la sensibilité et la force intérieure avec délicatesse mais aussi les fragilités et les fractures. La photographie est son langage essentiel et vital. Sa mère était photographe professionnelle. Son grand-père, Jean-Claude Mille, un peintre et aquarelliste d’une grande fraicheur, Juliet grandit ainsi dans une famille profondément artistique où le besoin de créer, observer et transmettre semble instinctif. Autodidacte, elle découvre véritablement la photographie pendant le confinement. Seule dans les calanques de Marseille, elle commence à photographier la mer, les paysages minéraux et les premiers corps féminins en suspension dans l’eau.

« Je pars tôt, quand la ville dort encore. Dans mon sac, l’appareil… Et cette envie de trouver le vide. Pas celui qu’on redoute, mais celui qui apaise. Depuis des années, je photographie des femmes. Pas des mannequins, mais des présences. Des histoires, des failles, des lumières intérieures. Pour elles, je cherche un écrin. Un espace capable de les révéler. Alors commence la chasse. La chasse au silence. La chasse à la solitude choisie. Dans les pins, les calanques désertées, les plateaux brûlés de soleil… Je cherche ces lieux vides, mais habités. »

Une révélation.
Très vite, la Méditerranée devient le fil conducteur de son oeuvre. Marseille bien sûr, mais aussi le Maroc, la Corse ou la Sardaigne. Elle révèle les beautés des territoires méditerranéens avec un regard instinctif et profondément humain. Sa palette de couleur est naturelle : le bleu de la mer, les ocres et les jaunes de la terre, le blanc éclatant des roches calcaires et des architectures baignées de soleil. Dès qu’elle le peut, Juliet Airs enfile palmes, masque et tuba pour explorer les paysages aquatiques qui nourrissent son univers photographique. Elle plonge sous l’eau pour réaliser ses images. Parfois lestée pour stabiliser son corps, elle descend entre deux eaux, dans un univers aquatique où le temps semble suspendu. Son art photographique possède une dimension profondément cinématographique. Comme un arrêt sur image entre deux eaux, figée à l’instant T. Les contours deviennent diffus, les sons sourds. Elle fige les bulles d’air remontant lentement à la surface, captant cet instant fragile où tout semble flotter dans une sensation d’apesanteur bleu marine, entre flottement émotionnel et suspension du temps. C’est dans cet état délicat qu’elle photographie le corps de jeunes femmes. Leur corps n’est jamais dévoilé comme un objet de désir ou de simple beauté physique. Il est délivré et restitué en image dans sa plus ultime simplicité, avec ses fragilités, ses failles, sa vérité sensible.

Le corps devient alors oeuvre d’art.
Sculpture vivante, fluidité dans un écrin aquatique. Le cercle, la lune , le ventre arrondi des femmes apparaissent régulièrement dans ses images, comme des formes organiques liées à la féminité et à l’origine du monde. L’eau n’est pas son seul territoire. La terre aussi. Des calanques marseillaises aux riads de Marrakech, des immeubles Art déco de Casablanca aux habitats berbères, son regard explore également les paysages minéraux et les architectures méditerranéennes baignées de lumière crue, presque brûlées. Son univers est suspendu entre eau et roche, entre bleu, blanc et ocre Un arrêt sur image entre deux eaux, entre deux terres, Son art est une ode à la mer, à la terre, à la Méditerranée où le corps, l’eau et la lumière ne font qu’un, entre apesanteur et ancrage.

MAIS ENCORE

Photographe officielle du festival MOGA à Essaouira, Juliet Airs poursuit son dialogue artistique avec les territoires méditerranéens. Elle a également créé l’exposition Muse 3.0 au Musée Cantini à Marseille. À travers sa jeune société Airs, elle développe des projets de communication visuelle et des shootings photographiques pour les entreprises et les marques souhaitant affirmer leur identité visuelle. Au début de l’automne 2026, Juliet Airs investira le Château de La Cheylanne, à La Londe-les-Maures, pour une installation-exposition inspirée par les territoires méditerranéens, en dialogue avec les oeuvres de Jean- Claude Mille, aquarelliste, et Loïc Potignon, peintre et sculpteur, Trois voix singulières de la création marseillaise

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