Le Grand Bleu

de Sébastien Arcouet

PAR NADÈGE MOHA

Né en 1976, Sébastien Arcouet est originaire du Pays basque. Après avoir vécu près de trente ans à Marseille, il  revient vivre au pays basque, renouant avec ses racines et la lumière du Sud-Ouest. Chimiste de formation, il travaille plusieurs années chez Pébéo, où il affine sa connaissance des pigments et des matières. Peu à peu, la couleur devient langage, émotion, nécessité. C’est là que commence sa transformation. Avec Sébastien Arcouet, l’improbable devient possible. Un ciel bleu outremer. Une mer bleu porcelaine. Des écorces d’arbres teintées de rose de parme de violet …

Le réel est là — mais réinventé, intensifié, sublimé. De la Provence aux Landes, il peint des paysages qui nous sont familiers Cassis, Hyèresles- Palmiers, Porquerolles, la presqu’île de Giens, La Ciotat, Marseille… la Sainte Victoire, La Provence le Pays Basque, Biarritz ….. et ailleurs …. Collines. Villages. Rivages. Mer. Calanques. Pins parasols. Et pourtant — rien ne se répète. Chaque toile est un voyage, une nouvelle planète. Chaque paysage, un monde fantastique. Ses bleus électriques traversent la toile, mais ce n’est pas seulement une couleur : c’est une vibration. La lumière change. Le mouvement s’installe. Les contrastes s’affirment. Tout se transforme.

Et surtout, rien ne s’épuise. Sa créativité ne se tarit jamais — au contraire, elle s’enrichit. Ses oeuvres gagnent en profondeur, en justesse, en intensité. Il n’a pas choisi la facilité d’un territoire déjà exploré — celui des paysages à l’encre bleue réduits à une seule valeur. Il dépasse cela. Il nuance. Il réinvente. Là où d’autres se répètent, lui, il invente, il imagine. Là où certains maîtrisent, lui, il explore, il prend des risques. Aucun paysage ne se reproduit. Chaque regard devient une aventure neuve. Ses oeuvres sont des carnets de voyages sensibles. Des poèmes ouverts. Des fragments d’infini. On reconnaît les lieux mais on les redécouvre, à travers son oeil de peintre, d’alchimiste de la couleur à travers sa vérité de coloriste. Et dans cette métamorphose, c’est aussi notre regard qui change.

Entretien avec

Sébastien Arcouet

PARCOURS ET TRANSFORMATION

Votre parcours passe de la chimie à la peinture, de Marseille aux Landes… Comment cette transition a-t-elle façonné votre regard et votre manière de peindre ?
S.A : Je dirais que cette transition s’est faite en douceur, puisque j’ai eu la chance de travailler dans le domaine de la chimie et également chez un fabricant de peinture en Provence. J’ai ainsi fait la rencontre avec de nombreux artistes et peu à peu, j’ai trouvé ma propre identité ; C’est à partir de 2018 que j’ai su vraiment ce que j’avais envie de peindre. J’ai fait le grand saut, j’ai quitté l’entreprise dans laquelle je travaillais pour choisir la vie d’artiste. C’est une chose que de peindre le soir et le week-end quand on a la sécurité matérielle. Choisir la vie d’artiste peintre c’est tout autre chose. Ma peinture est inspirée avant tout par la nature qui est omniprésente dans mon quotidien et je prends chaque jour plus de temps pour la contempler. Ma peinture n’est là que dans le but d’interpréter ce que mes yeux perçoivent et ce que je ressens auprès d’elle.

LA TECHNIQUE ET LES COULEURS

Comment votre expérience chez Pébéo a-t-elle influencé votre approche des pigments et des couleurs ?
S.A : Mon expérience chez Pébéo, comme je le disais précédemment, m’a surtout permis d’échanger avec beaucoup d’artistes , de prendre confiance en moi, à la fois en travaillant les nombreuses techniques de peinture, mais aussi en cherchant chaque jour à identifier mon propre style , mon écriture picturale. Peut-être que le plus gros du travail que j’ai mené a été d’identifier les quelques couleurs de ma palette.

LE BLEU SIGNATURE

Le bleu est devenu votre signature. Qu’est-ce qui le rend si particulier pour vous, et comment se renouvelle-t-il à chaque paysage ?
S.A : Mon bleu est le bleu outremer. Appliquer seul, il captive le regard et associé à d’autres couleurs, il apporte une vibration particulière. Ce que je recherche avant tout dans une peinture, dans un paysage, c’est l’atmosphère. Le spectateur qui connaît le lieu doit pouvoir le retrouver à travers une peinture, une lumière, le vent, une ambiance. Je prépare toujours mes supports avec un fond coloré avec lequel je joue, soit par transparence, soit en le laissant volontairement apparaître pour mettre en avant telle ou telle couleur de la palette. Le bleu Arcouet, vous y pensez ? Pourquoi Pas ? Je n’y pense pas du tout 🙂 !!!!!

RENOUVELER LES PAYSAGES

Vos paysages ne se répètent jamais. Comment parvenez-vous à inventer à chaque toile une nouvelle vibration, une nouvelle lumière, un émerveillement nouveau ?
S.A : Merci. Peut-être que mes paysages ne se répètent jamais, parce que chaque tableau que je peins, je le peins avec la même intention et la même passion à chaque fois, en essayant d’être le plus fidèle au message que me délivre la nature. Je ressens à chaque fois cette petite flamme qui me guide et qui guide mon pinceau et quelques fois, j’ai peur que cela disparaisse. Même si je connais le sujet que je vais peindre à l’avance, je m’autorise l’improvisation à chaque peinture. Je peins et j’ai la sensation réelle que c’est moi qui peins, et non plus la nature à travers moi.

LA GOUACHE

Vous utilisez souvent de la gouache, une matière peu employée et pourtant très séduisante. Qu’est-ce qu’elle vous permet d’exprimer que d’autres techniques ne permettent pas ?
S.A : La gouache est mon quotidien. Je peins chaque jour des gouaches comme certains font des gammes au piano. Cette technique est fantastique car vous pouvez travailler en opacité mais aussi aquarellé. La gouache peut se rediluer une fois sèche et elle permet d’aller rechercher des effets. C’est toujours intéressant. Je commence à la gouache comme si je prenais des notes. Je peux peindre sur papier, quel que soit le lieu où je me trouve, avec peu de matériel.

POÉSIE ET VOYAGE

Vos oeuvres évoquent un carnet de voyages poétique. Est-ce une intention, ou une évidence dans votre manière de peindre, dans votre façon d’être ?
S.A : Si vous le percevez ainsi, c’est chouette, car oui je suis une personne sensible et je suis de plus en plus, un mélancolique heureux….